Hansa Teutonica : Pourquoi est-ce mon jeu préféré ?

Mon jeu préféré vient d’être réédité en Big Box et donc avec ses 2 extensions. J’en ai déjà parlé rapidement dans un ou deux bilans ainsi que sur des publications des réseaux sociaux, mais jamais en détail. C’est l’occasion de réparer ça ! Allez, installez-vous confortablement et apprêtez-vous à découvrir un des meilleurs jeux qui existent (comment ça, je manque d’objectivité ? 😁).

Hansa Teutonica – Big Box est un jeu créé par Andreas Steding, illustré par Dennis Lohaussen, et édité par Matagot pour la version française et Pegasus Spiele pour la version originale. Il se joue de 3 à 5 joueurs, est conseillé dès 14 ans, pour des parties de 60 minutes environ. Il s’agit d’une réédition qui comprend le jeu de base, les 2 extensions ainsi que les 9 cartes Mission et les 6 tuiles Faveur impériale.

La boite
Le matériel

Dans cette Big Box, vous trouverez 3 grands plateaux (dont 2 sont recto-verso), 5 plateaux individuels, un carnet de scores, 20 disques (marchands), 135 cubes (négociants), 1 cube noir, 15 jetons Bonus, 6 tuiles Faveur impériale et 9 cartes Mission.

Le matériel complet

Sur les grands plateaux sont représentés des grands réseaux de routes reliant différentes villes. Toutes les villes ont un nom, sont composées de 1 à 4 comptoirs (qui ressemblent à des maisons) et sont reliées entre elles par des routes. Chaque route est, quant à elle, composée de 2 à 4 cases de route. On retrouve sur 3 routes une taverne qui servira uniquement pour la mise en place des jetons Bonus en début de partie. On retrouve également des bannières jaunes sur certaines villes : ces villes sont des villes avec développement de capacité (sauf Coellen qui accorde des points de prestige supplémentaires en fin de partie). Tout autour du plateau se trouve la piste de prestige pour compter les points en cours et en fin de partie. Enfin, un parchemin avec une piste des Villes complètes est présent en haut à gauche du plateau et sert à tenir le compte des Villes entièrement occupées (plus aucun comptoir n’est libre).

Le plateau de la Ligue hanséatique

Les plateaux individuels (écritoires) sont divisés en plusieurs zones. La ligne du bas rappelle les 5 actions possibles du jeu. La partie du haut se compose des 5 capacités à développer et d’un emplacement (assiette argentée) qui servira de rappel au joueur pour replacer un jeton Bonus. Les 5 capacités sont : Clés de la ville (un multiplicateur du plus grand réseau en fin de partie), Actiones (le nombre d’actions qu’un joueur peut effectuer à son tour), Privilegium (les couleurs de comptoirs qu’un joueur peut occuper), Liber Sophiae (le nombre de commerçants (les disques et cubes) qu’un joueur peut déplacer), Trésor (le nombre de commerçants qu’un joueur peut recruter de la réserve générale).

Un plateau individuel

Le reste du matériel se compose de disques (appelés marchands) et de cubes (appelés négociants), de jetons Bonus, d’un carnet de scores ainsi que de matériel supplémentaire pour les joueurs expérimentés : les tuiles Faveur impériale et les cartes Mission (des objectifs).

Le reste du matériel
Mise en place

En début de partie, les joueurs se mettent d’accord sur le plateau qu’ils souhaitent jouer (la suite des explications concernent le plateau du jeu de base La Ligue hanséatique, les particularités des 2 plateaux d’extension seront expliqués plus loin). Une fois le choix fait, il est placé sur la face correspondant au nombre de joueurs. Les 3 jetons Bonus de départ (les dorés) sont placés, face visible, aléatoirement sur chaque taverne en pointant la flèche vers la route adjacente. Les autres jetons Bonus sont mélangés et forment une pile face cachée à côté du plateau. Le cube noir est placé sur la case 0 de la piste des Villes complètes. Chaque joueur choisit une couleur et reçoit tout le matériel correspondant. Il place un marchand sur les cases 3, 4 et 5 de sa capacité Liber Sophae (Livre du Savoir) et un négociant sur toutes les cases, sauf la première, des autres capacités. La valeur visible de chaque capacité indique leur valeur de départ. Un négociant de chaque joueur est placé sur la case 0 de la piste de prestige. Un premier joueur est désigné au hasard et, parmi ses commerçants restants (c’est-à-dire les négociants et le marchand), il prend le marchand et 5 négociants. Le joueur suivant prend 1 négociant de plus et ainsi de suite. Les commerçants restants vont dans la réserve générale.

Mise en place du jeu de base pour 4 joueurs
En avant pour la Ligue hanséatique

Dans Hansa Teutonica, les joueurs vont consommer leurs actions pour envoyer leurs commerçants sur les routes afin d’accéder aux comptoirs des villes, de gagner du prestige et d’améliorer leurs capacités.

Une partie se déroule en plusieurs tours jusqu’à ce qu’une des 3 conditions de fin de partie se déclenche. Les joueurs jouent à tour de rôle dans le sens horaire. À son tour, le joueur effectue autant d’actions que sa capacité Actiones lui permet, à savoir 2 en début de partie et cela peut s’étendre jusqu’à 5 actions. Il y a 5 actions différentes possibles : Recruter, Placer un commerçant, Remplacer un commerçant adverse par un des siens, Déplacer ses commerçants, Créer une route commerciale. Le joueur peut tout à fait effectuer plusieurs fois la même action durant son tour et une action doit être entièrement terminée avant de passer à la suivante.

Recruter

Le joueur récupère de la réserve générale autant de commerçants à sa couleur que le niveau de sa capacité Trésor (3-5-7-la totalité) et les place dans sa réserve personnelle.

Recrutement de 3 commerçants (1 marchand et 2 négociants)

Placer un commerçant

Le joueur place un négociant ou un marchand de sa réserve personnelle sur une case route libre du plateau. Il peut très bien déjà y avoir d’autres commerçants appartenant à d’autres joueurs sur la route.

Placement d’un négociant sur la route Groningen-Emden

Remplacer un commerçant adverse par un des siens

C’est l’action qui apporte de l’interaction au jeu (et tout son sel). Le joueur va éjecter un commerçant d’un autre joueur qui est placé sur une case route et prendre sa place. Pour cela, il doit payer un coût : 1 commerçant pour éjecter un négociant (cube) et 2 commerçants pour un marchand (disque). Les commerçants utilisés pour payer passent de la réserve personnelle à la réserve générale. Le joueur éjecté va devoir replacer immédiatement son commerçant éjecté ainsi que 1 ou 2 commerçants supplémentaires provenant de la réserve générale (1 si c’est un négociant qui a été éjecté et 2 si c’est un marchand) sur une ou plusieurs routes adjacentes.

Remplacement d’un marchand mauve par un négociant bleu

Déplacer ses commerçants

Le joueur déplace autant de commerçants à sa couleur que le niveau de sa capacité Liber Sophiae (2-3-4-5) et les replace sur une ou plusieurs autres routes du plateau (il est aussi possible d’échanger la position d’un marchand et d’un négociant, mais cela coûte 2 déplacements).

Déplacement de 2 commerçants mauves

Créer une route commerciale

Quand toutes les cases d’une route sont occupées par des commerçants d’un même joueur, celui-ci peut créer une route commerciale entre les 2 villes.

Route entièrement occupée par jaune

Pour cela, le joueur va :

  • Vérifier le contrôle des villes : Le ou les joueurs contrôlant les villes aux extrémités de la route gagnent un point de prestige par ville contrôlée parmi les 2 villes concernées. Pour contrôler une ville, il faut être le joueur ayant le plus de comptoirs dans cette ville (en cas d’égalité, c’est celui ayant le comptoir le plus à droite parmi les égalitaires).
  • Prendre l’éventuel jeton Bonus : Si un jeton Bonus est présent sur la route commerciale créée, le joueur le récupère et le place à gauche de son plateau. Il pioche sans regarder un nouveau jeton Bonus et le place face cachée sur son assiette argentée pour se rappeler de le placer sur le plateau à la fin de son tour (sur une route sans autre jeton Bonus, sans aucun commerçant et avec encore au moins un comptoir libre dans une des 2 villes). Les jetons Bonus peuvent être utilisés n’importe quand pendant le tour d’un joueur. Quand un jeton Bonus est consommé, le joueur le place à la droite de son plateau, face cachée. Il y a 6 jetons Bonus différents : développer une capacité, échanger 2 comptoirs, comptoir supplémentaire, 3 ou 4 actions en plus, déplacer 3 concurrents.
  • Choisir une des 3 options parmi Établir un comptoir, Développer une capacité, Marquer des points de prestige spéciaux.
Prise d’un jeton Bonus

Établir un comptoir

Un des commerçants de la route est placé sur le comptoir libre le plus à gauche d’une des 2 villes (au choix du joueur) et les autres retournent dans la réserve générale. Le joueur doit évidemment bénéficier du Privilegium requis pour se placer sur le comptoir. Il faut aussi tenir compte de la forme du comptoir : si elle est carrée, il faut y placer un négociant ; si elle est ronde, il faut y placer un marchand. Dans les 2 cas, le commerçant doit provenir de la route commerciale créée.

Jaune décide d’établir un comptoir à Göttingen

Certains comptoirs (4 sur la face pour 4-5 joueurs et 6 sur la face pour 3 joueurs) font gagner au joueur 1 point de prestige quand il s’y place.

Si tous les comptoirs de la ville sont occupés, la ville est complète et il faut avancer d’une case le cube sur la piste des Villes complètes. Une ville complète ne peut plus accueillir de nouveaux commerçants, mais il est toujours possible de créer une route commerciale même si les 2 villes sont complètes car cela fera marquer des points de prestige.

Quand un joueur parvient à relier l’est et l’ouest de la carte, c’est-à-dire établir une connexion ininterrompue entre Stendal et Arnheim (les 2 villes avec un bandeau rouge), il marque immédiatement des points : 7 pour le premier joueur à le faire, 4 pour le second et 2 pour le troisième.

Rouge est la première à relier Arnheim et Stendal et marque 7 points

Développer une capacité

Si une des 2 villes possède une bannière jaune, il est possible de développer la capacité associée (Clés de la ville à Halle, Actiones à Göttingen, Privilégium à Stade, Liber Sophiae à Groningen, Trésor à Lübeck) plutôt que d’établir un comptoir. Tous les commerçants de la route sont remis dans la réserve générale et le joueur retire le commerçant le plus à gauche de la capacité correspondante pour le placer dans sa réserve personnelle. La capacité étant directement améliorée, il est possible que le joueur ait une action supplémentaire durant son tour.

Jaune peut décider d’améliorer sa capacité Actiones plutôt que d’établir un comptoir

Marquer des points de prestige spéciaux

En créant une route commerciale entre Coellen et Warburg, le joueur peut choisir de placer un marchand de cette route sur un des personnages de la bannière jaune de Coellen afin de marquer 7-8-9-11 points de prestige en fin de partie. Les autres commerçants de cette route retourne dans la réserve générale. Le joueur peut choisir n’importe quel personnage à condition d’avoir le Privilegium requis.

Coellen et ses personnages rapportant des points de prestige en fin de partie

Fin de partie

La partie peut se terminer de 3 façons différentes :

  • Un joueur atteint ou dépasse 20 points de prestige (même si ce n’est pas son tour).
  • Il n’y a plus de jeton Bonus et il faut en placer un nouveau sur le plateau.
  • Une dixième ville est complète (le cube atteint la case 10 sur la piste des Villes complètes).
Fin de partie

Dans tous les cas, la partie s’arrête immédiatement après l’action ayant déclenché la fin de partie. Même si le joueur a encore droit à des actions, il ne les fait pas et on passe au décompte :

  • Points de prestige gagnés durant la partie.
  • Chaque capacité développée au maximum fait gagner 4 points.
  • Les jetons Bonus font gagner des points en fonction de leur quantité : 1 point pour 1 jeton, 3 points pour 2-3 jetons, … 15 points pour 8-9 jetons,…
  • Les personnages de Coellen font marquer des points aux joueurs qui sont dessus.
  • Chaque ville que le joueur contrôle (c’est-à-dire où il a le plus de comptoirs) fait gagner 2 points.
  • Les joueurs marquent des points pour leur plus grand réseau de villes connectées. Le nombre de comptoirs présents dans ces villes est multiplié par la valeur de leur capacité Clés de la ville.
Matériel supplémentaire pour joueurs expérimentés

Après quelques parties avec le plateau de base, les joueurs peuvent utiliser les cartes Mission et/ou les Faveurs impériales.

Cartes Mission

En début de partie, chaque joueur reçoit au hasard une carte Mission qu’il conserve face cachée. Sur chaque carte, il y a le nom de 3 villes. À la fin de partie, les cartes Mission sont révélées. Pour chaque ville de sa carte Mission où le joueur est présent, il gagne 1 point de prestige. Et s’il contrôle les 3 villes, il gagne 5 points de prestige supplémentaires.

Les 9 cartes Mission

Faveurs impériales

En début de partie, on pioche et révèle autant de tuiles Faveur impériale que de joueurs. Pour prendre une tuile Faveur impériale, le joueur doit renoncer à toutes les actions de son tour ET retourner 2 jetons Bonus inutilisés qu’il possède (et les placer à droite de son plateau). Les tuiles Faveur impériale ont des effets permanents en cours de partie ou rapportent des points de prestige supplémentaires en fin de partie.

Les 6 tuiles Faveur impériale
Extension de la Ligue hanséatique orientale

Ce plateau apporte quelques changements par rapport au plateau de base :

  • Le plateau est le même de 3 à 5 joueurs (pas de recto/verso).
  • La connexion Est-Ouest se fait entre Lübeck et Danzig.
  • C’est la ville de Königsberg qui permet de gagner des points de prestige spéciaux.
  • Il y a 4 jetons Bonus permanents sur le plateau. Ils sont situés sur les routes maritimes (dont la particularité est d’exiger 1 ou 2 marchands et d’offrir la possibilité de profiter d’un jeton Bonus permanent). Les capacités des jetons Bonus sont : développer la capacité Privilegium, déplacer 2 commerçants (à soi et/ou appartenant à d’autres joueurs), placer 2 commerçants, établir un comptoir dans une ville indépendante. Un jeton Bonus ne peut dès lors pas être placé sur une route maritime puisqu’il y a déjà un jeton Bonus permanent.
  • Certaines villes sont indépendantes et ont une bannière verte pour les distinguer. Pour pouvoir y établir un comptoir, il faut soit utiliser un jeton Bonus « Comptoir supplémentaire » ou utiliser le jeton Bonus permanent « Établir un comptoir dans une ville indépendante » qui se trouve entre Mälmo et Visby. Les villes indépendantes sont considérées comme complètes dès qu’elles contiennent un comptoir mais n’ont pas de limite de comptoirs.
La Ligue hanséatique orientale
Extension Britannia

Comme ci-dessus, le plateau Britannia apporte quelques changements par rapport au plateau de base :

  • Il y a 2 ou 3 régions distinctes sur le plateau (le nombre dépend de la face utilisée et donc du nombre de joueurs) : l’Angleterre (routes blanches), le Pays de Galles (routes marrons) et l’Écosse (routes bleues).
  • La connexion Est-Ouest se fait entre Oxford et York.
  • C’est la ville de Plymouth qui permet de gagner des points de prestige spéciaux.
  • Ici, la partie peut s’arrêter dès que 8 villes sont complètes (et non 10).
  • Les jetons Bonus ont 2 nouvelles restrictions : ils ne peuvent pas être placés sur des routes maritimes ayant un jeton Bonus permanent et ils ne peuvent pas être placés sur les routes du Pays de Galle et de l’Écosse.
  • Pour pouvoir placer un commerçant ou remplacer un commerçant adverse par un des siens sur une route du Pays de Galle ou d’Écosse, il faut être le joueur avec le comptoir le plus à droite à Cardiff ou à Carlisle. Une de ces 2 actions ne peut être réalisée qu’une fois par tour (une fois dans chaque région) !
  • Le joueur avec le comptoir le plus à droite à London (Angleterre) a le droit de faire une des 2 actions suivantes une fois par tour : placer un commerçant ou remplacer un commerçant adverse par un des siens sur une route du Pays de Galle ou d’Écosse.
  • Il n’y a pas de restrictions particulières pour se placer sur des routes d’Angleterre.
  • L’action Déplacer ses commerçants a une nouvelle restriction : les commerçants d’Angleterre ne peuvent être déplacés qu’en Angleterre et les commerçants du Pays de Galles ou d’Écosse ne peuvent être déplacés que dans leur propre région ou en Angleterre.
  • Il y a également des routes maritimes sur ce plateau, mais toutes n’ont pas un jeton Bonus permanent.
  • Il y a 2 types de jetons Bonus permanent sur ce plateau : déplacer 2 commerçants (à soi et/ou appartenant à d’autres joueurs) et placer 2 commerçants au Pays de Galle ou en Écosse.
  • En fin de partie, il y a des points supplémentaires à gagner au Pays de Galle et en Écosse. Le joueur contrôlant le plus de villes au Pays de Galles marque 7 points, le second 4 points et le troisième 2 points. Même chose pour l’Écosse.
Britannia
L’Écosse et le Pays de Galle
Quelle merveille ce jeu !

Hansa Teutonica est un jeu que j’ai découvert quelques mois après être tombée dans l’univers des jeux modernes, lors d’une soirée jeux en boutique. Je suis tout de suite tombée sous sous charme : rapide, fluide, épuré mais d’une richesse et d’une profondeur incroyables. J’y rejoue quelques semaines plus tard et ça confirme ma première impression : j’adore. Je l’achète un peu plus tard et depuis 2016, c’est un jeu qui ressort plusieurs fois par an (du moins, quand il n’y a pas de pandémie…) car je suis totalement fan et c’est mon jeu préféré qui n’a jamais été détrôné depuis bientôt 5 ans !

La grande richesse du jeu est, selon moi, sa simplicité au niveau des règles mais sa grande profondeur et le fait qu’il propose une interaction directe entre les joueurs alors qu’il s’agit d’un jeu typiquement à l’allemande. Hansa Teutonica est un jeu avec seulement 5 actions différentes dont une seule est un peu plus complexe que les autres (Créer une route commerciale). On pourrait croire que le jeu va rapidement manquer d’intérêt, que les parties vont se ressembler et qu’il y a peu de stratégies différentes à essayer. Et bien, pas du tout ! Car ce qui va changer chaque partie, ce sont les décisions des joueurs autour de la table. Chaque tour d’un joueur va modifier le plateau puisque tout (ou presque) se passe dessus et va donc changer la suite du jeu. Ce sont les joueurs qui font le jeu ! La rejouabilité est surprenante pour un jeu si épuré et avec une part infime d’aléatoire (l’arrivée des jetons Bonus).

J’aime beaucoup ce côté épuré dans le jeu. Il n’y a pas plein d’actions différentes ou avec des exceptions dans tous les sens. De plus, ça permet d’avoir un jeu fluide où on n’attend pas une éternité entre 2 tours (sauf avec des joueurs paralyseurs). On est dans le jeu et il y a peu de temps morts. De plus, il faut rester attentif pendant le tour des autres joueurs qui peuvent nous chasser des routes et il faut alors réfléchir pour savoir où se repositionner (en respectant les contraintes évidemment). Et c’est vraiment cette interaction qui fait tout le sel du jeu. C’est un jeu de placement et d’éjection extrêmement interactif. On va toujours essayer de bloquer les autres dans le but de se faire chasser ensuite de la route. Pourquoi ? Tout simplement car l’interaction est vraiment intelligente. Je suis plutôt du genre à apprécier les jeux où on joue chacun dans son coin et où on ne peut pas se faire trop de crasses. Mais dans Hansa Teutonica, l’interaction est tellement bien pensée. Car pour chasser un joueur, on doit payer ET en plus il va pouvoir se replacer ailleurs avec 1 ou 2 commerçants de plus. On ne va alors pas interagir avec un autre joueur juste pour le plaisir de l’embêter puisque ça nous coûte des commerçants et ça lui donne un avantage. C’est vraiment ça qui me plaît dans ce jeu et qui me fait tant aimer cette interaction. Rien n’est gratuit et toutes les décisions doivent être mûrement réfléchies.

On a donc un jeu épuré mais d’une grande profondeur stratégique. Déjà, l’ordre de tour de départ aura un impact sur notre stratégie. Les 2-3 premiers joueurs iront sur la ou les routes permettant de développer la capacité Actiones afin de passer de 2 à 3 actions, alors que les autres joueurs partiront sur d’autres routes permettant d’autres choses : développer une autre capacité, établir un comptoir afin de marquer des points plus tard, aller chercher un jeton Bonus,… Les possibilités sont grandes. Et contrairement à ce que peut laisser penser les premières parties, il n’est pas impératif de débloquer sa capacité Actiones au maximum. Avoir 5 actions ne garantit absolument pas la victoire. Il est certes impératif de la développer pour avoir 3 actions et il sera même possible de remporter la partie avec 3 actions seulement alors qu’un autre joueur aura développé au maximum cette capacité mais sans utiliser correctement ses actions. Et je ne dis pas ça à la légère car je possède l’ancienne version du jeu et j’en ai joué plus de 20 parties. Lors d’une de mes dernières parties à 4 joueurs (3 habitués et une qui découvrait le jeu), un autre joueur et moi-même avons particulièrement ramé pour avoir 3 actions. Il a fallu près de la moitié de la partie afin que nous ayons enfin nos 3 actions comme les 2 autres. Et finalement, j’ai terminé à seulement 2 points du premier qui avait rapidement débloqué sa troisième action (et en a certainement eu 4 assez vite). Donc non, Hansa Teutonica n’est pas un jeu où la stratégie gagnante est le développement de la capacité Actiones et où le premier joueur est favorisé (je vois déjà les multiples commentaires disant cela après 1 ou 2 parties du jeu, tout comme la stratégie cow-boys est soi-disant la stratégie gagnante dans Great Western Trail). Il ne faut pas oublier que l’interaction fait partie intégrante du jeu et qu’il ne faut pas laisser un joueur faire ce qu’il veut sans l’embêter. Si un joueur parvient à avoir 4 actions après 6 tours, c’est que les autres ne l’ont simplement pas bloqué. Il ne faut jamais laisser un joueur seul sur une route ! Il s’agit d’un jeu qui ne se maîtrise pas après 2 parties et qui révèle ses subtilités petit à petit. Moi, j’arrive encore à être bluffée par certaines stratégies mises en place par d’autres joueurs et cela après une vingtaine de parties. Par exemple, il ne faut pas négliger l’action permettant de déplacer des commerçants. Augmenter la capacité Liber Sophiae offre plus de flexibilité à ce niveau-là. En l’augmentant à 3, on peut ainsi déplacer 3 commerçants répartis un peu partout et les replacer sur une seule route afin d’établir un comptoir et peut-être gagner un jeton Bonus. Établir des comptoirs, c’est la garantie de marquer des points en cours de partie, mais également en fin de partie si on parvient à se créer un beau réseau de villes et à augmenter le niveau de Clés de la ville (un réseau comprenant 10 comptoirs en ayant augmenté à 3 les Clés de la ville rapporte 30 points et c’est énorme). Tout comme accumuler des jetons Bonus permet non seulement une flexibilité lors de leur utilisation (plus d’actions, améliorer une compétence, déplacer des commerçants adverses,…) mais aussi d’avoir des points en fin de partie (et cela peut rapporter gros si les autres vous laisse vous gaver). Les possibilités stratégiques sont donc très grandes.

Le rythme de la partie est également important et il faut surveiller l’avancée des différents éléments pouvant déclencher la fin de partie. Si un joueur se place rapidement dans des villes « stratégiques » (comme celles permettant d’améliorer une capacité par exemple), il va vite marquer des points puisque les joueurs vont créer des routes commerciales afin d’améliorer leurs capacités. Une partie peut ainsi se terminer rapidement suite à un joueur qui atteint ou dépasse les 20 points de prestige. Et pour l’avoir vécu, ça surprend ! Il faut vraiment rester attentif à tout ce qu’il se passe et surtout ne pas hésiter à revoir sa stratégie en cours de partie. C’est clairement un jeu où il ne faut pas débuter la partie en se disant qu’on va faire telle ou telle chose en cours de partie et ne pas changer d’avis car tout dépend des actions des autres. Il faut s’adapter constamment. Il faut également faire attention à la connexion Est-Ouest car les points sont immédiatement marqués par le joueur et le premier marquant 7 points, il peut évidemment prendre le devant et dépasser les 20 points.

Malheureusement, le jeu ne tourne pas à 2 joueurs et c’est son gros inconvénient pour moi car il faut alors trouver au moins une personne intéressée par le jeu. La meilleure configuration est à 4 joueurs, mais il tourne aussi très bien à 3 et 5 joueurs puisque 2 des 3 plateaux s’adaptent en fonction du nombre de joueurs. J’ai joué toutes les configurations (seulement 2 parties à 5 joueurs) et ça ne traîne pas en longueur, même à 5. Avec des joueurs rapides et connaissant le jeu, j’ai joué à 4 en 40 minutes (et je reste toujours sous l’heure de jeu avec ce groupe). Cette nouvelle édition du jeu a retiré la possibilité d’y jouer à 2. Jusqu’à la semaine dernière, je n’avais jamais tenté une partie à 2. Mais suite à quelques bons retours sur la variante pour 2 proposée avec l’extension Britannia, je me suis laissée tenter. Si on enlève le fait que j’étais extrêmement contente de jouer à mon jeu préféré, il faut reconnaître qu’il n’a pas d’intérêt à 2 joueurs. Il n’y avait aucune tension sur le plateau, même avec le pseudo joueur neutre. En tout cas, ce n’était pas une bonne idée d’essayer à 2 après autant de parties à 3 et 4 joueurs. Je trouve donc que c’est une excellente chose de ne pas avoir laissé le « 2-5 joueurs » sur cette réédition et de l’avoir changé en « 3-5 joueurs ».

En parlant de la réédition, certaines choses ont été améliorées. Tout d’abord les règles. Celles de la version d’Argentum Verlag étaient assez médiocres. Ce n’était pas très bien structuré, ça manquait d’exemples (alors qu’il y avait la place). Et je ne parle pas des fautes d’orthographe qu’il y avait, c’était une vraie catastrophe (mes yeux ont saigné). Ici, c’est bien mieux présenté et plus illustré. Tout est clair. La traduction est très bien faite (je n’ai constaté aucune erreur) et il n’y a pas de faute d’orthographe. Un beau travail de Matagot. Ensuite, un jeton Bonus a été modifié entre les 2 versions. Avant, un type de jetons permettait de retirer 3 commerçants adverses du plateau, sans aucune contrepartie. Désormais, les commerçants sont replacés sur une ou plusieurs routes par le joueur jouant le jeton. C’est moins agressif, même si ça ne m’a jamais gêné. Un ajout a aussi été fait sur le plateau de base : un rappel des points rapportés par la connexion Est-Ouest. Ce n’était pas le cas dans la première édition et c’est un ajout très utile. Enfin, la taille des jetons (cubes et disques) a été réduite. Quand on a pas mal joué avec les plus gros jetons, j’avoue que ça fait drôle et qu’on a l’impression d’avoir du mal de les saisir.

La couverture de la boîte a également été refaite. Je préférais la tête du monsieur dans la première version, mais je trouve le reste de la couverture un peu plus joli. On n’est pas sur un jeu qu’on joue pour ses illustrations, mais pour son gameplay. Mais au moins, quand on voit le jeu, on comprend tout de suite que c’est un kubenbois d’origine allemande 😁 C’est quand même dommage qu’ils n’aient pas profité de cette réédition en Big Box pour refaire les quelques illustrations du jeu.

Malheureusement, il y a une erreur d’impression sur le plateau Britannia et il faut coller un sticker dessus pour corriger ça. Heureusement, ça ne se voit pas trop. L’erreur semble provenir de l’éditeur d’origine.

J’aime particulièrement que tout soit rappelé sur les plateaux. On retrouve toutes les actions possibles sur les plateaux individuels et il y a désormais le rappel des points de la connexion Est-Ouest sur le plateau commun. Plus besoin de retourner dans la règle pour se rappeler combien de points marque le deuxième joueur à y parvenir par exemple. Le carnet de scores est aussi très bien fait (il n’y en avait pas avant).

Par contre, le thème est totalement plaqué. Il faut avoir beaucoup d’imagination pour voir des commerçants qui vont sur les routes et se rendent dans des villes afin d’augmenter leur réputation. Je vais vous avouer que j’ai dû vérifier plus d’une fois que les cubes représentaient des négociants et les disques des marchands lors de la rédaction de l’article car quand je joue, je parle de cubes et de disques (« Allez hop, j’ai payé 2 cubes et j’éjecte ton disque de cette route, tu peux le replacer ailleurs avec 2 jetons en plus »). Ce n’est pas un problème pour moi, mais sachez qu’il est difficile de s’immerger dans le thème. Autant être prévenu d’avance 😉

Les 2 plateaux d’extension apportent du changement. Le jeu de base peut déjà être joué pas mal de fois avant de passer à un autre plateau. D’ailleurs, j’ai peu joué avec l’extension que je possédais (la Ligue hanséatique orientale) car il faut laisser le temps aux autres joueurs de découvrir le jeu. Je dois en avoir fait 5 parties et j’ai joué 1 partie avec Britannia (un ami la possédant). Je trouve la Ligue hanséatique orientale plus facile à aborder que Britannia. Britannia apporte de nouvelles règles qui sont plus restrictives alors que la Ligue hanséatique orientale est plus proche du plateau de base et n’ajoute que les villes indépendantes (où on ne peut pas se placer comme on veut) et les routes maritimes. Britannia est beaucoup plus exigeante puisqu’on ne peut pas se placer sur toutes les routes du plateau dès le début. Il faut être le joueur avec le comptoir le plus à droite dans certaines villes pour pouvoir se placer sur les routes d’Écosse ou du Pays de Galle et cela va créer encore plus d’interaction entre les joueurs. Il faudra alors bien planifier ce qu’on veut faire à court terme et ne pas louper son coup car les erreurs seront plus punitives. Je conseille de commencer par la Ligue hanséatique orientale avant de jouer sur Britannia (mais après plusieurs parties sur le plateau de base 😉). Pour ce qui est des cartes Mission, elles apportent un élément supplémentaire au jeu de base. Il n’est pas impératif de réaliser sa mission pour gagner, mais elle permet de récolter 1 ou 2 points facilement. Concernant les tuiles Faveur impériale, je n’ai joué qu’une partie en les utilisant. Elles sont très puissantes, mais aussi très coûteuses à obtenir (renoncer à ses actions pendant un tour et sacrifier 2 jetons Bonus) donc c’est bien équilibré.

Tout cela fait que Hansa Teutonica est mon jeu préféré. J’adore sa fluidité, sa profondeur stratégique et son interaction intelligente. Donc si vous vous retrouvez dans ces caractéristiques et que vous cherchez un jeu pour minimum 3 joueurs, je vous le recommande chaudement. Et n’oubliez pas qu’il faut plusieurs parties pour voir tout son potentiel car il est plus complexe que ce qu’il ne laisse croire.

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